
Pendant plusieurs années, j’ai porté une bague connectée à la main. Elle mesurait mon sommeil, mon niveau d’activité, mon stress.
Au départ, j’ai trouvé cela presque fascinant. Avoir accès à des données précises sur mon propre fonctionnement me donnait le sentiment de mieux me connaître, de reprendre la main.
Je pouvais objectiver ce que je pressentais déjà : mon sommeil était globalement bon… mais je me couchais trop tard ; même une faible consommation d’alcool dégradait sa qualité ; mon activité sportive était correcte, mais mes journées restaient trop sédentaires ; et surtout, mon niveau de stress était élevé.
Ces constats ont eu un effet salutaire.Ils m’ont permis d’ajuster.
Je me suis mise à monter vers 21h30, pour être au lit avant 22h, sans précipitation.
J’ai drastiquement réduit — puis (presque) supprimé — l’alcool le soir, surtout quand je me sentais déjà fatiguée.
J’ai intégré davantage de marche dans mes journées, transformant certains appels professionnels en promenades.
Pour le stress, en revanche, la réponse était moins évidente. J’ai observé qu’il diminuait fortement pendant les congés… et qu’il remontait dès le retour au travail. Ce n’était pas une question d’outil. C’était une question de structure, de responsabilité, d’exigence intérieure.
Au bout de six mois, quelque chose a changé.
Un matin, j’ai eu envie d’enlever la bague. Non pas parce qu’elle ne fonctionnait pas.
Mais précisément parce qu’elle fonctionnait trop bien.
Je consultais l’application plusieurs fois par jour. Je scrutais mes scores. Je comparais mes performances d’un jour à l’autre. Sans m’en rendre compte, j’avais déplacé le centre de gravité : je ne cherchais plus seulement à être en forme, je cherchais à performer ma forme.
Et cette nuance est essentielle.
À partir du moment où l’outil devient une source de pression supplémentaire, où l’on se surprend à vouloir “faire mieux” alors que tout va déjà bien, on glisse doucement vers une quête de performance permanente.
Or, cette quête est insidieuse. Elle s’infiltre partout : dans le travail, dans la parentalité, dans le sport, et même dans le repos.
Et elle n’est pas compatible avec ce que j’appelle une Big Job, Big Life.
Une Big Life n’est pas une vie optimisée en permanence, ce n’est pas une vie mesurée, scorée, comparée.
C’est une vie habitée.
À un moment donné, lorsque les habitudes sont intégrées, il faut accepter de lâcher l’indicateur. Je sais désormais ce qui favorise mon sommeil. Je sais que marcher m’aide à penser plus clairement. Je sais que l’alcool m’épuise.
La discipline ne vient plus d’une notification, d’un score. Elle vient de moi.
Cette réflexion m’a profondément fait penser à la manière dont nous travaillons dans B. Everything.
Nous aidons d’abord nos clientes à identifier leurs véritables priorités — pas celles dictées par l’extérieur, mais celles qui résonnent intérieurement.
Puis nous les accompagnons pendant un temps donné, avec structure et exigence.
Et ensuite, nous les invitons à réévaluer.
Car lorsqu’une priorité est devenue naturelle, intégrée, presque organique, elle n’a plus besoin d’être surveillée. Elle s’est ancrée.
Peut-être que je remettrai ma bague un jour, si je sens que je perds mes repères.
Mais pour l’instant, elle repose sur ma table de nuit.
Et je redécouvre une chose simple : je n’ai pas besoin d’un score pour savoir si je vais bien.
Parfois, avancer ne consiste pas à ajouter un outil de plus.
Mais à retirer une pression de trop.
BlissKiss
Arli 💛