
Pour la deuxième fois en un an, elle quitte le nid. L’année dernière, elle était partie trois mois au Canada. Alors, très sincèrement, je pensais que j’étais rodée. Trois mois à plusieurs milliers de kilomètres, j’ai géré. Quelques jours par semaine à Louvain-la-Neuve, cela devrait aller.
Pensez-vous.
Le week-end dernier a été presque entièrement consacré à son installation. Ikea le samedi matin pour apporter un peu d’elle dans sa nouvelle chambre. Les courses le dimanche pour remplir son frigo. Puis les dernières affaires à installer, les petits détails à régler, les conseils de dernière minute que je me suis probablement sentie obligée de donner et dont elle n’avait sans doute pas besoin.
Et au milieu de tout cela, j’ai senti monter une émotion que je n’avais pas vraiment anticipée. De la tristesse, bien sûr. Mais aussi une immense nostalgie.
En la regardant commencer cette nouvelle vie, je me suis revue au même âge. Mes années d’université ont été parmi les plus belles de ma vie. Cette sensation grisante que tout reste à écrire, les rencontres, les amitiés, les découvertes, les premières grandes décisions prises seule. Et je me suis dit : elle va vivre tout cela maintenant. Une partie de moi en était profondément heureuse pour elle.
Et puis une autre pensée s’est imposée, beaucoup moins confortable : et si ce départ était, en réalité, le début du grand départ ?
Parce que lorsque je suis moi-même partie à l’université, je ne le savais évidemment pas, mais je ne suis jamais vraiment revenue vivre chez mes parents. Après mes études, j’y ai passé quelques mois, le temps de trouver mon appartement, puis ma vie d’adulte avait commencé.
Alors oui, ma fille rentrera ce week-end. Et probablement le suivant. Sa chambre est toujours là, ses affaires aussi. Rien de spectaculaire n’a changé. Et pourtant, quelque chose a bougé.
Je pourrais très vite chercher le positif, c’est un réflexe assez profondément ancré chez moi. Trouver la bonne lecture, remettre les choses en perspective, transformer l’émotion en quelque chose d’utile. Mais cette fois, j’ai plutôt envie d’accepter que je suis triste, pas effondrée, pas malheureuse…juste triste de voir se refermer doucement une époque que j’ai énormément aimée.
Et en même temps, lorsque je la regarde, je ressens autre chose qui me bouleverse presque autant : elle est heureuse. Elle commence cette aventure entourée de certaines de ses meilleures amies. Je la sens curieuse, joyeuse, prête à découvrir ce qui l’attend. À son âge, j’avais beaucoup plus d’appréhension. Chez elle, je vois surtout de l’élan.
Et peut-être est-ce là que se cache la partie lumineuse de ce moment.
Pendant des années, notre rôle de parents consiste à tenir la main, protéger, guider, rassurer, préparer. Et puis arrive un moment étrange où l’une des plus belles preuves que nous avons bien fait notre travail est précisément que notre enfant a de moins en moins besoin de nous pour avancer.
Ce n’est pas forcément très confortable pour le cœur d’une maman, mais quelle « fierté » de voir son enfant partir vers sa propre vie avec cette confiance-là.
Et cette semaine, je me suis aussi demandé ce que ce changement venait ouvrir pour moi.
Parce que nos vies sont faites de saisons, comme nous aimons le dire chez Bliss. Certaines commencent avec enthousiasme, d’autres se terminent avec un petit pincement au cœur. Et lorsque les enfants commencent à construire leur vie, peut-être qu’une invitation se glisse aussi là pour nous : celle de continuer à construire la nôtre. Pas pour combler leur absence. Pas pour tourner trop vite une page qui mérite d’être savourée jusqu’au bout.
Mais parce que leur vie s’élargit. Et que la nôtre peut continuer à s’élargir aussi.
Je crois que vivre une Big Life, c’est aussi cela : accepter que ce que nous aimons profondément évolue, laisser partir certaines versions de notre vie… et rester suffisamment curieuse pour se demander ce que nous avons, nous aussi, encore envie de vivre.
Cette semaine, ma fille commence un nouveau chapitre.
Et peut-être que, d’une manière beaucoup plus discrète, moi aussi.
BlissKiss
Arli