
Aujourd’hui, ce n’est pas de confiance en soi que je vais parler. J’utilise ce terme comme clin d’œil parce que ce ressenti nous traverse à plein de niveaux, à pleins d’égards et est tellement important pour pouvoir continuer à avancer.
Cette semaine, mon grand garçon a été agressé gratuitement en revenant d’une soirée à la Carolo à Louvain-la-Neuve. Après une activité de baptême, il était avec ses potes, arborant fièrement les attributs de sa régionale et de la guindaille. Fin de soirée, c’est-à-dire sans doute milieu de la nuit, éméchés et festifs, ils étaient deux et se sont fait interpeller par deux jeunes, un peu moins jeunes qu’eux, s’avérant n’être ni étudiant ni habitants de Louvain-la-Neuve, mais venus là sans doute pour «chercher la bagarre». Tous les prétextes sont bons : anti-baptêmes, anti étudiants, anti-tout. Le ton est monté, les moqueries et les insultes ont suivi, puis les coups. Deux claques à l’un, qui s’est retrouvé sonné, deux coups de poing sur le visage de mon bébé. Au milieu de la nuit, ils ne m’ont pas appelée. Ils ont géré, comme les jeunes adultes qui sont en train de devenir, à la force de l’amitié, appelant une ambulance et trouvant un ami pour venir le rechercher à l’hôpital en fin de nuit. Cette solidarité, cette amitié, entre les jeunes de l’entourage de mes fils, je l’adore. Ce sont ces jeunes que je prends tant de plaisir à accueillir à la maison ou à croiser en toutes occasions. Ces jeunes, avec ces valeurs qui nous paraissent tellement importantes pour la vie en société, le vivre ensemble, le respect, la démocratie, la solidarité.
« Mais dans quel monde vivons-nous Monsieur, Madame ? », pourrait-on dire.
Aujourd’hui, ces jeunes qui se sont fait frapper essaient d’en rire, de minimiser, peut-être d’en faire une sorte de rite de passage (ça vaut un pingouin sur la calotte : « bagarre en guindaille »). C’est important, cela permet de ne pas perdre confiance dans le monde qui les entoure. Mais il est juste aussi de rappeler que les propos racistes, la violence, les coups sont des infractions.
Je n’en ai pas parlé à beaucoup de monde sur le moment, parce que je ne savais pas ce que j’avais besoin d’entendre. À l’intérieur de moi, plusieurs choses se mélangent. L’angoisse, comme premier signal, comme souvent. La tristesse de savoir que mon enfant avait vécu cela. Et une sorte d’indignation diffuse par rapport à ce type de comportement. Il m’avait dit que tout le monde allait bien, je n’avais pas envie de recevoir de nouvelles angoisses venues des autres. Je n’avais pas non plus envie d’entendre des anecdotes de faits similaires car il s’agit de mon enfant et c’est tout ce qui compte là, maintenant, tout de suite. Et je ne souhaitais pas déclencher la colère par rapport à notre monde en général car elle apporte peu de choses.
Je suis d’un naturel particulièrement anxieux. Le départ de mon fils à l’université, les sorties, la distance, nécessitent de leur faire confiance, mais il ne s’agit pas que d’eux. Il s’agit aussi d’avoir confiance en ce monde dans lequel ils grandissent, ce monde qui est fait de personnes bienveillantes, mais aussi de personnes qui peuvent nous attendre au coin de la rue pour faire du mal. J’ai envie de continuer à croire qu’il y a plus de bon que de mauvais. J’ai envie de transmettre cette vision optimiste à mes fils, pour qu’ils puissent œuvrer à un monde meilleur. Parce que si on a perdu l’espoir en la bonté humaine, c’est difficile de trouver une raison de faire soi-même le bien autour de soi. Alors j’ai envie d’oser avoir confiance en ce monde dans lequel nos enfants grandissent.
Blisskiss
Jess